• Léa

J'ai entrepris dans la mode responsable

Il y a bientôt 4 ans, je me lançais dans cette belle aventure qu’est l’entrepreneuriat. J’avais déjà une idée derrière la tête et ce depuis l’enfance. Malgré cela, j’ai passé un peu plus d’un an à affiner le projet de marque écoresponsable jusqu’au lancement en juin 2017 : LES SAUVAGEONNES. A travers cet article, je souhaite relater mon expérience avec ses joies et ses difficultés.


Hiver 18-19 / photographie de Chloé Bruhat

C'est décidé, je me lance !

À l’âge de raison, tout s’est joué sur un reportage ARTE avec pour sujet la haute couture. Emerveillée, j’y découvrais un monde que j’ai par la suite toujours souhaité rejoindre, jusqu’à mes études supérieures : la mode. Sortie des études dans ce domaine et après plusieurs stages dans diverses maisons de couture, un constat s’offrait à moi. Le monde de la mode ne me plaisait plus tant que ça, mais l’envie de le changer ne me quittait pas. Pour connaître plus en détails mon parcours, je vous invite à écouter cet épisode du podcast Faire et Des Faires lors duquel je me suis entretenu avec Alice.

A l’époque, il n’existait que peu de marques de prêt-à-porter féminin responsable, c’est pourquoi j’ai décidé de saisir ma chance ! Je n’avais rien à perdre, j’avais tout juste 22 ans et un précieux soutien de mon entourage. Il était temps de poursuivre mon rêve d’enfant, quitte à manquer d’expérience... LES SAUVAGEONNES est né : des vêtements et accessoires écoresponsables de fabrication française avec des cotons bio tissé en France ou des tissus issus de surplus de maison de couture.


Les joies de créer un projet ayant du sens

Tout juste diplômée designer de mode, mon plus grand plaisir a été d’imaginer mon projet de À à Z. Me creuser les méninges pour lier mes valeurs de protection de l’environnement et de consommation raisonnée à celle de mon attrait pour la mode a été un challenge passionnant.


Faire de sa passion son métier est une chance incroyable et grâce à cette aventure j’ai pu laisser libre court à la création ! J’ai aussi énormément appris et j’ai pu me perfectionner dans des domaines très variés. Quand on est cheffe d’entreprise et surtout seule aux rennes du projet, POLYVALENCE est maître mot !

Je me suis donc vue progresser et acquérir des compétences que je n’aurais pas acquis dans un autre contexte.

Cela a également renforcé mon intérêt pour l’écologie et l’urgence climatique, m’éduquant un peu mieux sur un mode de vie SLOW.

La soirée de lancement restera inoubliable. Le 15 juin 2017, j’étais entourée de tou.te.s mes ami.e.s et de ma famille pour fêter mon premier accomplissement, le lancement de la première collection et du site internet. J’avais l’impression d’avoir achevé quelque chose et pourtant ce n’était que le début.

Ayant reçu de nombreux compliments et encouragements quant à mes créations, c’est avec beaucoup d’optimisme que je commençais l'aventure.



Soirée de lancement, 15 juin 2017

Ce projet écoresponsable m’a permis de rencontrer de nombreuses personnes inspirantes, notamment des entrepreneur.e.s mais aussi des client.e.s. Partager une même vision et chercher des alternatives aux modes de consommation destructeurs, cela rapproche ! Là encore, j’ai appris plus que jamais. Et le business dans tout ça ? Bien sûr, chaque vente était une victoire, du début à la fin du projet. Lors des ventes éphémères, en ligne ou dans ma propre boutique, le plaisir était le même, à chaque fois. J’avais le sentiment que mon projet était compris et avait une raison d’exister, soit pour partager ma vision de la mode, soit pour sensibiliser à son impact sur l’environnement.


La boutique a été une consécration. Après un an et demi sur le projet, j’ai voulu enfin pouvoir proposer mes produits en physique, dans un endroit qui me ressemblait et où je pouvais travailler. Là encore, j’ai réalisé un rêve que je ne pensais pas atteindre si jeune.

L’endroit se prêtait également au partage, et ma plus grande révélation a été la satisfaction de transmettre en organisant des ateliers de stylisme. Ces moments de joies intenses ont malheureusement été ponctués de difficultés plus ou moins décourageantes. Mais que serait l’entrepreneuriat sans les montagnes russes ?



La boutique LES SAUVAGEONNES, rue Lamartine Paris 9


Des difficultés pouvant s’apparenter à des montagnes


L’ennemi principal de mon projet a été le doute. Parfois nécessaire et moteur il s’est aussi avéré très bloquant et m’a amené à prendre de mauvaises décisions. Il s’est couplé à un autre problème, celui de travailler seule, faisant de mes remises en questions un monologue quotidien. J’ai pu me tourner vers mes proches dans ces moments là. Ce n’était pourtant pas suffisant car ils n’étaient pas autant impliqué dans le projet que moi. Je me suis sentie donc très seule et même si j’ai pensé à m’associer pendant de longs mois, je n’en ai pas eu l’opportunité.

J’ai travaillé pendant plus de deux ans de mon domicile. Très plaisant au début, cela a vite tourné au cauchemar. Avec toute la bonne volonté du monde, j’ai eu du mal à structurer mes journées. Le piège classique est de finir par travailler en pyjama et s’habiller le soir venu ! C’est pourquoi j’ai voulu me trouver un espace pour travailler mais également pour vendre mes créations. Tous mes espoirs se sont concentrés dans le fait d’avoir une boutique à moi. Pour booster les ventes qui étaient bien trop peu nombreuses en ligne, mais aussi pour me faire connaître et enfin sortir de chez moi. La réalité a été toute autre.

Tout juste installée à Paris dans le 9ème début décembre 2018, les gilets jaunes étaient au rendez-vous. Rien de cassé heureusement mais de nombreux week-ends déserts. L’espoir a vite fait place au découragement ! J’ai aussi découvert un peu trop tard que je n’étais pas faite pour la vente. Bien que très fière de mes créations, j’ai eu beaucoup de difficultés à en faire la « promotion » face à mes clientes. J’arrivais davantage à vendre les produits d’autres créateurs que j’exposais aussi en boutique !

Hiver 17-18 / Photographie d’Emilie Castagna

En ce qui concerne l’essence du projet, j’ai été déçue de constater que la majorité des femmes n’étaient pas prêtes pour la mode écoresponsable bien qu’elles aspiraient à consommer plus éthique.

En effet, pour une personne enthousiaste et positive sur le projet, j’ai noté aussi de nombreuses remarques négatives sur les prix. « C’est trop cher », « la mode responsable oui mais à prix accessibles ».

Nous sommes tellement habitué.e.s à voir des vêtements peu chers fabriqués à l’autre bout du monde, que l’on a oublié le vrai coût des choses. Alors oui, le made in France avec des matières responsables coûtera toujours plus cher que toutes les marques de grande distribution, et le prix sera toujours plus justifié que celui des marques dites « moyen/haut de gamme » (mais fabriquées par les mêmes ateliers que la grande distribution) qui se font une marge colossale et pour lesquelles beaucoup de femmes sont prêtes à casser leur tirelire.


De mon côté, j’ai grignoté sur mes toutes petites marges pour essayer de rendre ma marque accessible aux plus nombreuses au point que je me suis moi même oubliée dans ce projet, sans avoir la possibilité de me rémunérer. J’y ai même perdu une grande partie de mes économies. J’aurais pu continuer une année de plus mais tout au long du projet, moi aussi j’avais évolué. Je ne trouvais plus de sens à ce que je faisais. À force de réflexion sur la société de consommation, je me suis demandée pourquoi continuer à produire de nouveaux vêtements au vu de l'offre disponible en friperie, à des prix très attractifs. J'ai moi même fini par acheter à 95% des vêtements de seconde main. Cette réflexion m’a poussé à prendre le recul nécessaire pour constater que je devais arrêter.


Eté 2018

Le clap de fin


Pour toutes ces raisons, j’ai perdu la motivation et la créativité qui m’animaient au début du projet, sûrement aussi découragée par le fait de m’investir aussi bien personnellement que financièrement sans pouvoir me rémunérer.

J’ai fermé la marque LES SAUVAGEONNES fin décembre 2019. Cette aventure a été une expérience fantastique dont je suis très fière. Malgré les difficultés et la fin du projet, j’en fais un bilan complètement positif de par tout ce que j’ai appris et les belles rencontres que j’ai pu faire. Je remercie une fois encore toutes les personnes qui m’ont épaulée dans ce projet, que je souhaite aujourd’hui faire perdurer d’une façon différente à travers ce journal. Vous pourrez retrouver les pièces restantes en stock sur Etsy à partir du 9er février 2020. N’hésitez pas à vous abonner à la newsletter pour être tenu.e au courant !

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